Plan de gestion des zones humides

==> Préserver les zones humides : un enjeu de taille

L’urbanisation, les modifications de pratiques agricoles et les aménagements hydrauliques, tels que les fossés ou les rigoles de drainage et d’irrigation, ont fait régresser les milieux humides (marais, étangs, prairies, forêts…) de plus de 50 % à la fin du 20e siècle en France métropolitaine. Aujourd’hui, la commune de Praz-sur-Arly en compte 72, qui couvrent environ 100 ha, soit 4,38 % du territoire communal.

Or, ces milieux sont essentiels sur trois niveaux. Un : ils abritent une faune et une flore diversifiées ; une biodiversité remarquable, spécifique des milieux humides. Deux : ils servent de tampons, c’est-à-dire qu’ils stockent et restituent l’eau de façon diffuse de sorte à limiter l’intensité des crues et à réalimenter les rivières et nappes souterraines en période sèche. Trois : ils filtrent et épurent les eaux d’écoulement, permettant ainsi une bonne alimentation en eau des parcelles agricoles situées en aval.

Selon le Service public d’Information sur l’eau, « les milieux humides abritent d’innombrables espèces de plantes et d’animaux : 50% des espèces d’oiseaux en dépendent ; ils sont indispensables à la reproduction des batraciens et la plupart des espèces de poissons ; 30 % des espèces végétales remarquables et menacées en France y sont inféodées. Enfin, ils fournissent des biens précieux à l’homme : de l’eau et des produits alimentaires ».

Parmi les espèces remarquables, c’est-à-dire les espèces protégées et/ou menacées à Praz-sur-Arly, inféodées aux zones humides, il y a le triton alpestre, l’agrion hasté, le lézard vivipare et cette magnifique orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata).

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Orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata) © Marie-Anaïs Lien
Orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata)
Orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata)
Marie-Anaïs Lien

Aussi, pour maintenir ou restaurer ces zones, la mairie de Praz-sur-Arly a décidé d’agir en mettant en place un Plan de Gestion des Zones Humides (PGZH) conciliant la préservation de ces milieux et les activités économiques du territoire, de façon volontaire (sans être contraint par des mesures compensatoires).

Un projet mené avec le soutien technique d’Asters - Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Savoie, une association dont les missions sont entre autres de connaître, protéger les milieux naturels et sensibiliser le public, ainsi que du Syndicat Mixte du Bassin Versant Arly.

Praz-sur-Arly est la première commune de Haute-Savoie à réaliser de manière volontaire un Plan de Gestion des Zones Humides.

Yann Jaccaz

Des actions en cours et à venir

Selon ce plan, plusieurs actions sont à mener, dont trois en particulier. Une première, qui a commencé dès 2017, est de sensibiliser tous les publics (personnel technique du domaine skiable, agriculteurs, entreprises de travaux publics, habitants…) via des journées d’information, des visites de terrain, des réunions, des panneaux, des publications… sur l’intérêt de préserver ces milieux et d’anticiper leur prise en compte en amont des travaux d’aménagement. Un programme pédagogique sera dans ce cadre élaboré en lien avec l’école des Eterlous. Pierre Bessy, 1er adjoint au Maire délégué au tourisme, explique : « Nous avons en projet d’aménager un parcours ludique et éducatif le long de ces zones humides, d’ici 2021, pour informer ces publics. »

La deuxième consiste à adapter les pratiques agricoles, telles que le réaménagement de zones d’abreuvement ou la mise en place de fauches tardives avec exportation de la matière fauchée, en lien étroit avec les agriculteurs volontaires, afin de maintenir les milieux ouverts et d’offrir des conditions favorables à la conservation d’espèces d’intérêt.

La troisième est de restaurer une zone humide située en bordure de piste, bien alimentée sur la partie aval, mais fortement desséchée à l’amont en raison d’un gros fossé drainant : celle située au Chalet des Evettes. Quatre palplanches amovibles et deux bras de déchargement ont déjà été installés aux printemps 2018 et 2020 pour réorienter les écoulements vers la zone humide. Ces éléments permettront de favoriser le développement d’êtres vivants dans cette zone, mais aussi de limiter les dommages dus aux écoulements sur la piste de ski à l’aval. Tout ceci en conciliant l’activité agricole sur le secteur.

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Zone humide des Évettes délimitée par un fil blanc © Marie-Anaïs Lien
Zone humide des Évettes délimitée par un fil blanc
Zone humide des Évettes délimitée par un fil blanc
Marie-Anaïs Lien
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Palplanche mise en place
Palplanche mise en place
Palplanche mise en place
Asters – Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Savoie
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Zone humide des Évettes vue du haut
Zone humide des Évettes vue du haut
Zone humide des Évettes vue du haut
Marie-Anaïs Lien

En 2020, une action a consisté à couper des arbres enracinés autour de la gouille noire et à enlever une partie du radeau végétal flottant à la surface de l’eau pour rouvrir le milieu, pour réapprovisionner la gouille en lumière et en oxygène, des éléments indispensables à la reproduction d’animaux tels que les libellules ou les tritons alpestres.

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Gouille avant retrait d’une partie du radeau végétal © Marie-Anaïs Lien
Gouille avant retrait d’une partie du radeau végétal
Gouille avant retrait d’une partie du radeau végétal
Marie-Anaïs Lien
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Gouille pendant l’opération de retrait © Marie-Anaïs Lien
Gouille pendant l’opération de retrait
Gouille pendant l’opération de retrait
Marie-Anaïs Lien
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Gouille après l’opération de retrait © Marie-Anaïs Lien
Gouille après l’opération de retrait
Gouille après l’opération de retrait
Marie-Anaïs Lien

Pierre Bessy conclut : « Dans le cadre de ces actions, on organisera entre autres des chantiers participatifs de bûcheronnage ou de débroussaillage pour sensibiliser un maximum de personnes. »